Ma vie, mon plâtre

Imaginez avoir le pied coincé dans une chaussure de ski. Pendant 56 jours. Vous faites tout avec votre chaussure de ski au pied droit. Vous dormez. Vous mangez. Vous vous douchez avec, mais faut pas la mouiller alors on l’emballe dans un sac poubelle. Et vous n’avez pas le droit de poser le pied par terre, alors vous avez des béquilles.

C’est ma vie depuis le 3 octobre. Au début, je l’ai détesté, mon plâtre. Enfin, ma résine.
Instant technique: de nos jours, on utilise de la résine, et non du plâtre, pour immobiliser les membres blessés. Paraît que c’est plus léger. Je demande à voir.

Elle m’encombrait, ma résine. Je me désolais de devoir dormir sur le dos, moi qui m’affale d’habitude sur le ventre. Je n’étais pas à l’aise en béquilles, trouvant la résine trop lourde pour réussir à fléchir la jambe suffisamment pour ne pas traîner de la patte par terre. Je flippais de frapper un peu trop fort par terre. J’ai même fait des cauchemars dans lesquels ma résine se brisait en deux et il fallait retourner à l’hôpital pour la refaire. Je sais, c’est pas la pire chose qui puisse m’arriver techniquement, mais moi, j’ai reçu des consignes de l’hôpital et c’est bête, mais moi je suis les consignes à la lettre et je détesterais passer pour quelqu’un qui ne suit pas bien les consignes. #syndrômeprof.

Il y a un mois, je disais à tout le monde que le plus relou dans ma situation, c’est d’apprendre à vivre avec la résine.

Et aujourd’hui, la résine, j’ai peur de m’en séparer. On me l’enlève mardi prochain et c’est comme si une bonne copine me quittait (#hyperbolebonjour). Je dors comme un loir avec ma résine. J’arrive sans problème à toucher mes orteils. Je sautille avec aisance sur mes béquilles. Je frétille des orteils comme si j’avais fait ça toute ma vie!

Et c’est l’étape d’après que j’appréhende. Ma cicatrice à nu, sans résine pour la protéger. Devoir soigner cette vilaine cicatrice. La rééducation. Oh putain, la rééducation. Y a pas une option « rééducation pour fille pas sportive »? Je sens que je vais forcément douiller. J’ai pas souffert assez pour le moment, ce serait trop beau de faire toute la guérison sans souffrir un peu, non?

Allez, en attendant je peux tout de même trouver quelques points positifs à ma séparation d’avec Mme Résine:
– j’aurai tout le pied à l’air, pas seulement les orteils. Ce sera moins ridicule et ça tentera moins les gens de me chatouiller!
– je vais pouvoir mettre de vrais pantalons!!!!!!! #fashionista
– je vais pouvoir me doucher en mouillant ma jambe, avec la porte de la douche fermée, et donc arrêter de foutre de l’eau partout!

Et je vais avoir du temps pour apprivoiser ma prochaine meilleure amie, ma cicatrice de badass!

 

Publicités

Le minimalisme (et moi)

Le minimalisme, c’est tendance en ce moment. Parmi tous les nouveaux concepts écolos qui naissent ces derniers années, j’ai l’impression que le minimalisme est le plus « Instagramable » de tous. Je vois beaucoup sur internet d’histoires de transformation, de personnes qui sont passées de la consommation à outrance au minimalisme le plus strict.  Mais qu’est-ce qui pousse ces gens à changer ainsi du tout au tout?

Pour le savoir, j’ai regardé le documentaire « Minimalism » sur Netflix.

minimalism+quote+9

Le minimalisme, c’est le fait de consommer moins, voire de ne pas consommer du tout, et de vivre avec l’essentiel.
Dans le documentaire, on suit principalement deux américains au passé sombre, tous deux avec des histoires familiales pas franchement joyeuses, et qui ont fait carrière dans le monde de la consommation/de l’industrie. Ces deux hommes ont tous les deux vécu un traumatisme (décès de sa mère pour l’un) et ont trouvé le salut dans le minimalisme. Bon, c’est très américain, cette idée qu’il faille forcément avoir été le pire des salauds/l’homme le plus malheureux du monde pour pouvoir trouver la rédemption dans un concept qui répand le bon et le beau dans le monde. Personnellement ce n’est pas mon passé sombre (j’en ai pas, de toutes façons) qui me pousse à adopter un mode de vie meilleur, c’est plutôt la perspective d’un avenir dégueulasse.

Outre cette belle histoire bien judéo-chrétienne, le documentaire propose, à travers l’analyse de scientifiques, d’explorer le rapport de l’homme à la consommation et notamment l’effet de la consommation sur l’homme. D’autres intervenants racontent comment l’ « American way of life » est né et l’effet que la crise des subprimes a pu avoir sur des américains habitués à la surconsommation et qui se rendent compte soudainement qu’ils ne peuvent plus continuer ainsi.

Si le documentaire est assez sympathique à regarder, je trouve qu’il y manque un point de vue écolo: en effet, la surconsommation a un impact très important sur le réchauffement climatique et l’état de notre planète. Si nous devons changer notre mode de consommation, c’est avant tout pour sauver notre peau!

Et ma consommation à moi?

Malgré mes opinions écolos, je ne peux pas dire que je sois une consommatrice très responsable. J’ai l’impression qu’on est nombreux à être pris dans ce paradoxe: l’envie de faire quelque chose pour la planète et pour améliorer nos vies, mais l’incapacité de résister à la tentation d’acheter.

Je consomme plus ou moins selon les périodes. Généralement, je craque beaucoup en hiver (heureusement que je ne peux pas trop me déplacer en ce moment!) et au début de l’été. Quand j’y pense, il n’y aucune raison à ces frénésies d’achat, si ce n’est l’envie. J’en ai envie, je l’achète. Ce n’est pas plus compliqué que ça.

Il y a néanmoins des domaines dans lesquels j’essaie d’acheter plus responsable: l’alimentation étant le principal domaine sur lequel je fais des efforts ces derniers temps. J’essaie d’acheter le plus possible bio, local et zéro déchet.
En revanche, je suis complètement incapable de me restreindre sur l’achat de livres, et j’arrive facilement à me trouver des excuses (genre: y a pas de livres en anglais à la bibliothèque).

Je sais que j’ai encore beaucoup de progrès à faire, notamment sur la rationalisation de l’acte d’achat: essayer de comprendre pourquoi j’achète et comment faire pour moins acheter/acheter mieux. J’aimerais notamment réaliser des progrès dans le domaine de la mode. Sans être une fashionista, j’aime bien m’acheter des vêtements sympas, mais j’ai déjà trop d’habits dans mes placards. J’aimerais acheter moins, mais acheter de meilleure qualité et utiliser tout ce que j’achète.
Bon, dans mon état actuel, je tourne sur environ 2% de ma garde-robe, mais je ne vais pas jeter tous mes pantalons sous prétexte que je ne peux pas les porter en ce moment 😀

Pour conclure, si le documentaire Minimalism n’a pas déclenché chez moi de prise de conscience (puisque j’étais déjà sensibilisée à ces questions avant), il a néanmoins le mérite d’apporter un éclairage sur le mode de vie consommateur des américains et de provoquer tout de même une petite réflexion sur ce que je pourrais améliorer dans mon mode de consommation!

A l’Est d’Eden, de John Steinbeck

salinasfields.jpg

source: cityofsalinas.com

Je profite de ma convalescence pour démarrer ma carrière de critique littéraire 😉

Résumé d’ A l’Est d’Eden provenant du site de la Fnac:

Dans cette grande fresque, les personnages représentent le bien et le mal avec leurs rapports complexes. Adam Trask, épris de calme, Charles, son demi-frère dur et violent, Cathy, la femme d’Adam, un monstre camouflé derrière sa beauté, leurs enfants, les jumeaux Caleb et Aaron. En suivant de génération en génération les familles Trask et Hamilton, l’auteur nous raconte l’histoire de son pays, la vallée de la Salinas, en Californie du Nord.

 

***

De Steinbeck, j’ai lu et adoré Les Raisins de la Colère. J’ai lu et adoré Des Souris et Des Hommes. J’ai trouvé ces deux romans beaux, inspirants et bien écrits. Je me suis donc lancée dans A l’Est d’Eden, pensant qu’il me plairait autant.

Eh ben c’est raté.

C’était bien parti, pourtant. J’ai adoré lire les origines des familles Hamilton et Trask, j’ai aimé apprendre à connaître petit à petit ces personnages. Mon attention a été plus ou moins soutenue jusqu’à la moitié du livre.
Puis je me suis aperçue que le résumé de mon exemplaire, en anglais, disait cela: « the Trasks and the Hamiltons will helplessly replay the fall of Adam and Eve and the murderous rivalry of Cain and Abel. »

N’y connaissant vraiment que dalle en religion, je suis quand même allée me renseigner sur l’histoire de Caïn et Abel. Ok, deux frères, l’un tue l’autre. OK, j’ai pigé.
Et à partir de ce moment là j’ai commencé à décrocher du bouquin. Non parce que bon, OK ils rejouent la chute d’Adam et Eve et la rivalité de Cain et Abel, mais ils ont vraiment besoin de le faire sur 700 pages? A partir du moment où j’ai su qu’à un moment un de des deux jumeaux allait tuer l’autre, ça a un peu gâché le plaisir de la lecture pour moi. Surtout que le symbolisme religieux, pour une athée comme moi, ça va bien 5 minutes mais bon…

Bref, je suis complètement passée à côté d’ A l’Est d’Eden. Je ne peux pas dire que je l’ai détesté. Je ne peux pas dire que ça ne m’a pas intéressée. J’y suis restée plutôt indifférente et ça m’inquiète pour du Steinbeck, surtout quand je pense aux Raisins de la Colère que j’ai trouvé tellement beau que je m’arrêtais pour relire certaines phrases et me dire que c’était bien écrit.

Là, j’étais pas dedans, c’est tout.
Allez, sans rancune, John!

 

Jour 4

En ce vendredi, le programme est chargé.
On me fait ma dernière perfusion d’antibios, au cours de laquelle j’apprends que j’ai de très petites veines. L’infirmière a choisi des instruments utilisés pour les bébés pour me piquer, c’est dire! Pourtant, mes os et mon speck (pour les quelques lecteurs non-lorrains égarés, speck = graisse), eux, sont bien taille adulte!

Ensuite, on me change le pansement et on m’enlève le redon, ce drain qui recueillait le sang issu de ma blessure depuis mardi. Au revoir copain, ça va pas me manquer de penser à t’accrocher à mon déambulateur à chaque aller-retour aux toilettes. Je peux apercevoir ma cicatrice, ha ouais quand même! Pas petite, la blessure. Le médecin précise qu’il n’a ouvert que 2 ou 3 centimètres en plus pour pouvoir m’opérer.

On m’emmène ensuite pour poser ma résine. Un petit bout de femme s’occupe absolument toute seule de moi, calant mon pied sur son épaule pour enrouler les bandages autour de mon mollet, et me remerciant de l’avoir aidée avant de me laisser partir! Quelques consignes de base me sont données: ne pas conduire (j’en avais pas franchement l’intention en fait), ne pas mouiller ma résine (non plus), toujours surélever la jambe blessée.

De retour à ma chambre, ma mère arrive avec de vrais vêtements, que je m’empresse de passer en attendant l’ambulance qui me ramène chez mes parents.

Les ambulanciers arrivent, un duo qui pourrait presque être 21 Pilots (le groupe de musique): un petit tatoué et un grand rasé. Ils me ramènent dans la campagne où j’ai grandi, sur fond de Bruno Mars et des missions les plus marquantes du tatoué, dont un accouchement en ambulance.

J’arrive au village, le comité d’accueil est restreint. Je m’installe dans le sacro-saint fauteuil de mon père (oh le privilège de folie), je regarde autour de moi: je suis rentrée de l’hôpital.

Jour 3

Après une nuit bien plus reposante que la dernière, on me propose ce matin le Saint Graal de tout patient hospitalisé: LA DOUCHE!
Je boitille avec mon déambulateur vers la salle de bains et me délecte de la sensation de l’eau qui coule sur mes cheveux (gras). La délectation est de courte durée, car en fait, prendre sa douche assis, c’est pas forcément hyper confort, surtout quand en même temps tu flippes que ton pansement soit mouillé (même si une infirmière avait pris soin d’emballer ma jambe dans un sac poubelle auparavant).
C’est néanmoins ravie (et propre) que je regagne mon lit pour prendre mon petit-déjeuner.

En ce matin du troisième jour je me sens investie d’une mission: retrouver la trace des deux hommes qui m’ont porté secours le jour de mon accident. Je sais qu’ils travaillent à une radio locale. J’appelle le standard de la radio et lance ma bouteille à la mer. Quelques instants plus tard, un homme à la vraie voix de radio (« J’aurais pu l’écouter pendant des heures », me confiera plus tard la secrétaire de mon lycée qui l’a aussi eu au téléphone) me téléphone. C’est bien lui, l’homme à lunettes en qui j’ai placé toute ma confiance pendant que ma jambe pissait le sang. Il m’explique que son collègue, qui avait téléphoné aux secours, est à l’antenne à ce moment-là. C’est un peu classe comme situation ou c’est moi qui fangirle un peu?

Remerciements donnés, je raccroche avec en moi un sentiment de plénitude. Non c’est pas ça. Zénitude? Peut-être. Gratitude, c’est sûr. J’ai remercié mes sauveurs, ils ont eu de mes nouvelles, tout va bien. Il ne me restera plus qu’à retrouver la trace de l’infirmière et j’aurais remercié tous les héros de ce mardi d’octobre. Mon petit coeur d’artichaut et mon imagination s’emballent: ça ferait une super idée de début de scénario américain, cette histoire! Imagine après je suis invitée à la radio pour raconter mon accident, et pis un producteur de musique m’entend et dis « quelle voix! qu’elle chante! » et bam je démarre en trombe une carrière de chanteuse à succès. La nouvelle Patricia Kass. Ou Cindy Sander. Désolée, mes références en matière de chanteuses mosellanes sont un peu dépassées.

Mais trêve de rêverie, deux kinés débarquent pour m’emmener « béquiller »! En salle de kiné, après un rapide point théorique, je me retrouve à sautiller entre deux barres parallèles, puis à faire mes premiers bas en béquilles sous l’oeil bienveillant et attentif de mes deux coaches.
J’en profite ici pour retranscrire la blague in English que le kiné m’a raconté, que son prof d’anglais de 5ème lui avait raconté (comme quoi les élèves mémorisent vraiment n’importe quoi :D) et que je trouve assez drôle:
A ghost enters a bar. He orders whisky. The bartender answers: Sorry, sir, we don’t serve spirits here.

(Je suis sûre qu’avec cette blague j’ai gagné de l’audimat. Enfin du lectorat. C’est cette histoire de radio qui m’embrouille)

De retour dans ma chambre, nouveau passage du médecin qui me montre mes radios. Ha ouais elle a vraiment voulu se barrer, mon astragale! Mais pas si vite ma cocotte, avec les broches qu’on m’a posées, t’as intérêt à rester bien au chaud et à faire ton boulot! Hors de question que je sois rétrogradée aux PA (Parcours Adapté) lors des marches populaires!

L’après-midi s’écoule, les visites passent. Une mini « Mercy session » au ukulélé avec ma coloc, punaise en fait ça me va bien d’essayer de pas chanter trop fort…Comme on l’a trop maîtrisée, Shape of You! Bon, pour City of Stars faudra encore s’entraîner mais on tient quelque chose!
(Non, je ne nous la pète absolument pas)

Et voilà, encore une journée de passée en chambre 56! Demain, c’est la sortie!

Jour 2

J’ai peu dormi, ne trouvant pas de position confortable et étant interrompue régulièrement par les piqûres et poses de perfusion. Les quatre infirmiers de nuit se sont tous retrouvés dans ma chambre à 3h du matin pour regarder la stagiaire me poser ma perf. #fiestachambre56. Je trouve ça drôle et distrayant.

Je me réveille et prend mon petit-déjeuner, puis c’est l’heure de la toilette. Les matinées à l’hôpital, c’est super busy! On m’emmène faire une radio de contrôle. J’apprendrai vite que les gens me posent toujours les mêmes questions, dans le même ordre: « qu’est-ce qu’il vous est arrivé? » « et il s’est arrêté le conducteur au moins? ». Il faut croire que dans la plupart des cas, les gens qui renversent des piétons ou des cyclistes ne s’arrêtent pas. Je fais partie des chanceux.

Mais retour à ma radio: le médecin m’annonce que l’opération s’est bien passée et me montre des copies de la radio avant/après. L’astragale, un os très important du pied, a été énucléé (il a été sorti de son emplacement) sous la violence du choc. J’ai aussi une malléole (la petite boule de chaque côté de la cheville) cassée. On m’a donc posé des broches. Je trouve le médecin moins angoissant qu’hier, il faut dire qu’il était sur le point de faire une opération délicate à ce moment-là. Je le range définitivement dans la même catégorie que tous les autres personnels soignants: bienveillant.

Une kiné arrive pour m’apprendre à me servir du déambulateur. Je peux ENFIN utiliser les toilettes. #joiebonheur #etglamour. Mon père arrive pour me rendre visite, on s’échange les dernières nouvelles, je suis contente de le voir.

Une collègue m’appelle et me raconte qu’une radio locale a appelé au lycée. La secrétaire s’imagine tout de suite refuser de donner le moindre renseignement concernant mon accident #vieprivéebonjour. Mais c’est en fait deux de mes sauveurs du jour 1, l’homme à lunettes et celui qui a appelé les secours, qui appellent pour avoir de mes nouvelles. Ils travaillent à la radio. Je décide de me lancer à leur piste le lendemain.

Une petite sieste et c’est le conducteur qui a causé mon accident qui arrive. Un jeune étudiant. Il se confond en excuses, je lui dit que je ne lui en veux pas.
Le moment est quand même émouvant car je sens qu’autour de moi, les réactions se divisent: il y a le camp des gens qui en veulent à mort à ce type, et celui des gens qui pardonnent et qui passent à autre chose. A ce moment-là je décide de basculer définitivement dans le deuxième camp. A quoi bon poursuivre? Ce refus de priorité, j’aurais pu en être coupable aussi. Ce choc qu’il ressent, j’en serais certainement victime si j’étais à sa place aussi. Les procédures sont déjà suffisamment lourdes après un accident de ce type, je n’aurai pas l’envie ni la force d’entamer des poursuites qui seraient suffisamment longues pour me ramener sans cesse à ce jour d’octobre et à ce pauvre homme qui a juste commis l’erreur d’être humain. C’est moi la victime, c’est lui le fautif mais je ne le juge pas coupable.

Enfin, en fin de journée, trois de mes BFF (best friends forever) et ma mère arrivent. On rit, on fait blague sur blague, on mange, c’est presque la fête en chambre 56. Ca me fait plaisir de me savoir entourée. Les messages, appels, FaceTime continuent d’affluer de toute part. Je fais remarquer à deux amis qui se sont mariés l’année dernière que j’ai l’impression de comprendre ce qu’ils ont ressenti le jour de leur union: l’émotion de sentir tous ses proches autour de soi, solidaires, émus. #parallèlebancalbonjour
Oui, j’ai le sens de l’hyperbole!

Ainsi se termine le jour 2.

 

Jour 1

Mardi 3 octobre, 9h, au lycée. La sonnerie retentit, je libère mes élèves. J’attrape mon sac à dos et mon casque, et je sors chercher mon vélo. J’ai une demi-seconde d’hésitation: « est-ce que j’ai vraiment besoin de mettre mon casque? ». Je le mets quand même et j’enfourche mon vélo, direction la maison.
Je me redis encore que c’est dangereux, le vélo dans ma ville. Je repense à une de mes élèves quand je franchis le cédez-le-passage. C’est pour ça que je n’avais pas mes mains sur les freins comme d’habitude. Ce fameux cédez-le-passage dangereux, que je connais par coeur parce que mon auto-école est juste à côté. Je ne pense pas à surveiller les voitures qui me doivent la priorité. Je m’apprête à rejoindre la piste cyclable à littéralement 3 mètres, quand…
Une voiture me percute sur la droite. J’ai le temps de penser « oh, je tombe ». Je me retrouve par terre, couchée sur le flanc gauche, le vélo encore entre les jambes. Je vois la voiture qui s’est arrêtée. Quelqu’un me retire le vélo d’entre les jambes. Je m’assois. « Oh putain oh putain oh putain » seront mes très élégants premiers mots. Pas de douleur. Du coin de l’oeil, je vois du sang sur la chaussée. Je vois aussi mon pied droit dans un angle pas très naturel par rapport à ma jambe.
Un homme à lunettes, au visage calme et rassurant, arrive. Un autre appelle déjà les secours. Le conducteur arrive dans mon champ de vision. Je me dis qu’il est plus choqué que moi et que c’est vraiment bizarre. L’homme à lunettes me rassure et se met derrière moi pour me tenir le dos. Une femme arrive, elle est infirmière. On me parle, on me pose des questions. Je n’ai pas mal. Je suis lucide et sous le choc. Je parle de mon pantalon, ce pantalon sur lequel tout le monde me complimente. Les pompiers arrivent, me couchent, découpent mon pantalon, emballent ma jambe. M’emmènent à l’hôpital. Je suis encore lucide, je n’ai pas mal. Je n’ai eu le temps de remercier que la gentille infirmière. J’appelle mes parents, qui comme d’habitude ne répondent pas. On en rigole avec le pompier qui est resté avec moi.
J’arrive aux urgences. Les pompiers me transfèrent sur un brancard de l’hôpital et me disent que je peux crier si j’ai mal. Un grognement ridicule s’échappe de ma gorge, ce qui nous fait tous rire. Il y a du drôle dans toutes les situations.
Des élèves infirmiers débarquent pour voir ma blessure pendant qu’on s’occupe de moi. Allez-y, pas de problème, si je peux servir à quelque chose…J’ai le temps de me dire que le jeune élève infirmier pourrait faire partie des Fréro Delavega. J’ai le temps de me dire que je le trouve beau. C’est quand même bizarre le cerveau humain. J’ai une fracture ouverte, je pisse le sang, mais je trouve les gens beaux et je raconte des blagues. Le gentil Fréro me tient la main pendant qu’on m’enlève ma basket. Mais allez-y mon bon jeune homme! Ha tiens, tout ce liquide que je sens sur mon talon c’est mon sang.
Le médecin urgentiste m’annonce qu’il va réduire ma fracture. Ma première pensée: « comme dans les Bronzés? » #moncerveaucecon. Finalement ça fait pas si mal, quand on est bourrée de morphine. « Ha c’est la première fois que je prends de la drogue! Et c’est légal! » #patienterelou.
Je passe des radios. Ce grand monsieur bonhomme me rassure. Comme tous les personnels soignants à qui j’ai eu affaire. #Ilovelhopitalpublic. (Vous me dites si j’utilise trop de hashtag)
On autorise mes parents à me voir. Ca fait quand même plaisir de voir des têtes connues!  Mon père file s’occuper de prévenir le lycée tandis que ma mère reste avec moi. L’attente pour monter au bloc commence à être longue, on s’ennuierait presque tiens. Même avec une fracture ouverte, comme quoi.

Ca y est, je monte au bloc. Anesthésie locale. Le chirurgien apparaît et me dit que c’est sérieux. Mon cerveau malade se dit tout de suite: « amputation ». #tropdimagination. Je stresse. Les anesthésistes et infirmiers, ces héros, me rassurent et me font la conversation. Cette infirmière qui me raconte sa fille qui veut faire prépa au lycée où je bosse, qui me raconte un accident terrible dont elle a été victime (cette femme est formidable d’optimisme et de bienveillance). Cet anesthésiste qui me tapote les joues en mode grand-mère « mais c’est quoi ces larmes?? ». Cet autre infirmier avec qui on parle des frites du Macdo.
Je sens qu’on travaille sur ma jambe, comme si on s’acharnait à m’enlever une chaussure de ski qui ne s’enlève pas. A part ça, je trouve le temps long.

16h30, je sors du bloc et on m’emmène en service ortho. J’ai le droit de manger tout de suite #ilestlàlebonheur. J’allume la télé mais il n’y a que BFM, qui tourne en boucle sur trois news, putain c’est déprimant. Dépouillée de tout, même de mon portable, je trouve le temps bien long jusqu’à l’arrivée de mes parents et de ma super coloc. Les voir me fait tellement plaisir! Je leur raconte ma journée comme s’il ne m’était arrivé que des choses banales. On rit des situations rocambolesques que mon accident a créé #quiproquotéléphonique. Je reçois mon premier repas d’hôpital, ma foi c’est pas si mauvais. Mes proches me quittent à 20h, les textos commencent à affluer grâce à ma coloc qui prévient tous mes amis.

Ainsi se termine mon mardi 3 octobre 2017. Mon #cerveauàlacon ne peut s’empêcher de ne retenir que le positif: ces héros ordinaires qui se sont arrêtés pour s’occuper de moi, le conducteur qui s’est arrêté aussi, les pompiers calmes et drôles, les urgentistes rassurants et prévenants, le personnel du bloc qui fait tout pour moi même mettre de la musique #AliciaKeysforever, le personnel du service ortho qui court partout et qui réussit pourtant à s’occuper de tous avec bienveillance et dignité, mes proches qui sont aux petits soins.

This is the end of the final countdown

Quand tu sais que tu ne resteras pas dans le même établissement l’année suivante, la fin d’une année scolaire est très étrange.

Les élèves partent au compte goutte, un à un. Le gros de la troupe s’en va si tôt les manuels scolaires rendus (c’est-à-dire dès le 20 juin pour un de mes établissements cette année), puis il disparait entre deux et quatre élèves par jour.
Tu n’as pas le temps de leur dire au revoir ni de leur annoncer que tu ne seras pas là l’année suivante, mais bon, tu penses qu’ils s’en fichent pas mal.
Tu es partagée entre l’envie de finir ton programme et celle (YOLO) de passer déjà aux films et autres goûters. Tu te dis que c’est quand même important le prétérit en 5ème, mais en même temps, à quoi bon, puisque tout ce que les élèves veulent faire, c’est être avachi sur leur table et attendre que ça passe.

Tu es trop fatiguée pour réussir à adapter convenablement tes cours à cette lente agonie, cette absence totale d’envie. Comment la susciter, l’envie? La motivation chez ces élèves qui viennent encore au collège uniquement parce que leurs parents le leur ont demandé?

Et puis il y a les mutations, les résultats qui tombent, la déception de ne pas obtenir de poste fixe. Ton esprit est ailleurs mais tu devrais te concentrer sur tes derniers jours dans ces murs. Tu te prends à être soulagée de pouvoir enfin partir, dire au revoir à certaines personnes, ne plus jamais revoir certains élèves. Pour d’autres, c’est la tristesse de ne pouvoir les suivre l’an suivant. Quand tu es vraiment bien tombée, tu n’as pas envie de quitter ton établissement.

Tu es à la fois prête à passer à autre chose et fatiguée de devoir, d’ici deux mois, découvrir un nouvel environnement. Tu veux en finir tout de suite, car tu sais que toutes les cérémonies de fin d’année (conseils d’enseignement, réunions de préparation de la rentrée…) ne te concernent pas. Mais tu t’en veux aussi de partir comme une voleuse.

Toutes ces émotions, mêlées à la fatigue de fin d’année, avec lesquelles je compose depuis deux ans, m’envahiront de nouveau à la fin de l’année scolaire 2017 – 2018!

Prête (il faut bien) pour une troisième année sur les routes!

Une semaine en Irlande

P1040143

Notre voiture sur la route de Dingle, County Kerry

Pendant les vacances, je suis partie avec quatre copines en road-trip à travers l’Irlande. Je n’avais visité ce pays qu’à deux reprises: une première fois en 2004 lors d’un voyage scolaire avec mon lycée, et une deuxième fois en 2015 en voyage scolaire avec le collège où j’étais affectée.
C’était donc mon premier voyage en Irlande en tant que « particulière », si j’ose dire.

18120511_10211754813124165_1913732711_o

Promenade à Glendalough, County Wicklow

Ce voyage m’a enchantée! J’avais déjà adoré le pays lors de mes précédents voyages, mais cette fois-ci, je n’ai qu’une envie: y retourner et explorer encore plus!
L’avantage du road-trip, c’est qu’on peut voir un échantillon d’un peu de tout: la facilité à se déplacer (et la taille du pays) nous a permis de voir des paysages, des villes et des monuments très variés en l’espace d’une semaine.
L’inconvénient du road-trip, et surtout sur une seule semaine, c’est qu’on aurait envie de s’installer à chaque étape: passer deux, trois jours dans chaque coin visité pour voir davantage…

Ainsi, j’ai adoré la péninsule de Dingle et je me verrais bien y faire de la randonnée…

P1040184

Je n’ai pas beaucoup de photos de la péninsule car c’est moi qui roulais…

La petite ville de Killarney m’a beaucoup plu et je veux absolument y retourner pour me rendre au pub « The Shire », apparemment consacré au SDA…

P1040259

Black Sheep Hostel, notre auberge à Killarney (County Kerry)

Je voudrais bien me perdre sur les petits routes sinueuses du conté de Clare…

P1040012

Au détour d’un virage…des vaches! County Clare

Et surtout, SURTOUT, je donnerais n’importe quoi pour regoûter à mes nouveaux amours: le brown soda bread et l’Irish Stew! 😀

P1040024

Premier jour, premier (et meilleur) Lamb Stew à Corofin, Country Clare

Apprendre une deuxième langue – l’espagnol

Quand j’étais en seconde, j’ai pris LV3 espagnol. Malheureusement, en 1ère et Tle, j’ai été contrainte d’arrêter car mon option maths n’était pas compatible avec l’espagnol LV3. Quand je vois où ça m’a mené au niveau des maths (je suis la fille qui a obtenu 1/20 à l’épreuve de maths options L), je regrette amèrement de ne pas avoir continué l’espagnol.

Depuis cette fameuse année de LV3, je rêvais de reprendre l’espagnol. Mes études se portant avant tout sur l’anglais, je n’ai pas pu réaliser ce rêve tout de suite. Ca ne m’a pas empêché de faire 3 ans de chinois débutant à la fac. Il n’y avait simplement pas d’espagnol débutant à mon université.

L’année dernière, j’ai enfin sauté le pas en m’inscrivant à un cours d’espagnol au GRETA du coin. Ces 30h de cours furent instructives, mais pas tout à fait de mon niveau, puisque je me suis retrouvé avec des apprenants de niveau bien plus avancé que le mien.

J’ai donc repris fin janvier les cours, dans une association de ma ville cette fois-ci. Je rejoins un groupe qui a débuté en septembre – ils ont pu acquérir les bases qui me restaient. Le niveau est bien plus adapté en ce qui me concerne; par exemple, au niveau des temps, on est au présent, que je n’avais pas revu au GRETA.

Les cours ont lieu une fois par semaine, chaque session durant 1h30. Pour compléter le cours, je me suis dit qu’il fallait que je pratique de mon côté. Voici donc un petit aperçu de ce que je fais de mon côté pour apprendre l’espagnol!

Le café des langues

A chaque fois, je me dis que je dois parler espagnol avec un hispanophone. Malheureusement, je n’en ai pas toujours l’occasion, car j’ai l’impression que les hispanophones ne sont pas légion au café des langues de ma ville. De plus, je ne peux pas encore avoir de conversation complète, manquant de vocabulaire. L’endroit où se tient le café étant bruyant, ce n’est pas non plus l’idéal pour bien entendre mon interlocuteur et m’imprégner de ce qu’il dit.

Je trouve que ma situation illustre vraiment bien le problème des français avec la langue: on a peur de se lancer. Autant lancer une conversation en anglais ne me pose aucun problème, autant essayer avec le peu d’espagnol que j’ai de lancer une conversation avec un espagnol ou un sud-américain me semble absolument insurmontable. Il me faut vraiment me forcer pour me lancer. Je dois absolument travailler sur ça dans les prochaines semaines car en tant que prof de langues je suis absolument convaincue que la mise en situation et la conversations sont les meilleurs moyens d’acquérir une langue.

Le vocabulaire

J’écris tout le vocabulaire que je rencontre dans un petit répertoire. J’ai adopté le code couleur suivant: vert pour les verbes, bleu pour les noms masculins, rouge pour les noms féminins, et orange pour les conjonctions, prépositions et autres.

Il m’arrive aussi de chercher du vocabulaire thématique de mon côté: les pièces de la maison, les moyens de transport…J’utilise principalement mon petit dictionnaire Harrap’s Esencial (qui date de mon année de seconde!), mais aussi parfois Word Reference, le dictionnaire en ligne.

J’utilise ensuite le site Quizlet (que j’utilise aussi en classe avec mes élèves), qui est très bien fait. J’y créé des listes thématiques (les animaux, la nourriture) et je peux ensuite faire différentes activités et jeux pour acquérir le vocabulaire.

Le manuel

Ma prof à l’association nous a fait acheter un manuel de collège, Espacio Abierto. Comme nous n’avons pas de cours pendant les vacances, j’y ai déjà fait quelques exercices. Je ne peux malheureusement pas faire les exercices oraux car ils se trouvent sur le CD prof (qui coûte une blinde).

Qu’est-ce que ça m’apporte?

En tant que prof, apprendre une langue où je débute me permet de mieux me mettre à la place des élèves à qui j’enseigner l’anglais. Je comprends mieux les difficultés qu’ils peuvent avoir. Je vois par exemple à quel point il est difficile de mémoriser le vocabulaire nouveau: je prévois donc à l’avenir de donner moins de vocabulaire nouveau d’un coup. Je comprends les difficultés qu’ils peuvent avoir à se lancer à l’oral: je vais donc à l’avenir les encourager encore plus et les guider plus dans leurs prises de parole.

Personnellement, apprendre une seconde langue est un vrai souffle d’air frais. Apprendre, étudier, m’avaient manqués. L’espagnol est depuis longtemps une langue qui m’attire et je suis ravie de pouvoir petit à petit la comprendre et la parler.